Texte

« Mon travail est un parallèle entre l’art et l’univers du bâtiment, entre l’artiste et l’ouvrier.

Une partie s’interroge sur l’outil. Peut-il s’évader de sa fonction, pour dériver sur le terrain de l’ironie et de la poésie? Par sa transformation d’échelle ou son changement de fonction il devient objet de contemplation.

Ce que je souhaite investir dans le domaine de l’architecture est davantage lié à la temporalité qui précède l’objet final. C’est l’univers du chantier, social et technique, foisonnant de gestuelles et de protagonistes. C’est la recherche et la fabrication qui prédomine sur le but.

Avec la série « Portraits d’ouvriers » je mets en avant d’une certaine manière les acteurs du chantier, ici ce sont des ouvriers que j’ai côtoyés. Les matériaux habituellement cachés sont mis au-devant de la scène. Les objets de constructions deviennent objets de finition.

Plus que la notion de se loger, l’habitat peut aussi être question d’espace mental, de zone de réflexion laissant place à l’imagination. Cet aspect est de fait intimement lié à tout le caractère physique et théorique du chantier en perpétuel évolution.

L’architecture ne cessera jamais d’être construite, déconstruite et reconstruite. Je dévoile comme une finalisation l’espace évolutif, cet interstice : le chantier.

La sculpture « extraction » évoque formellement les différents points de vue de la construction. Cette installation sculpturale passe de la finition des rendus, à la découverte de ce qui d’habitude est dissimulé dans les cloisons. C’est l’occasion d’y voir plus clair dans l’anatomie du second-oeuvre.

C’est en appliquant une expérience architecturale d’une favela au Brésil que je construis de manière instinctive « Extraction » Cette sculpture en plaque de plâtre traduit la multiplicité de niches, de vides et d’interstices présents dans ce paysage labyrinthique.

On pourra retrouver dans les renfoncements, des déchets, des croquis de constructions qui expriment les traces d’un passage. Le caractère archéologique de cette « Extraction » est commun à toute démolition, où l’on touche du bout des doigts une histoire cachée par l’architecture.»